Carla est née au Portugal, en 1973. Ancienne élève des Arts Décoratifs de Genève, elle se met à son compte après un court séjour en agence de communication. Naturalisée genevoise, elle réside avec son époux Frédéric Criado en Haute-Savoie.

Graphiste de profession, elle est la patte visuelle de Barakom : les livres, bien sûr, mais aussi l’image, le site web, etc.

Pourquoi participer à La Tribune de Fred ?

Pourquoi pas ?! Non, franchement… En tant que graphiste, lorsqu’un projet aussi « rigolo » vous est proposé, il faudrait être fou pour le refuser.

Tu te sens comment quand tu finis d’illustrer un livre ?

Fébrile ! J’ai plusieurs couches de nervosité qui se superposent…
Les premières concernent toute la partie PAO, qualité d’impression, livraison etc. et les suivantes (plus fines, mais persistantes) ne s’estompent qu’en dédicace, quand je constate, avec fierté, que notre « travail » plaît.

C’est facile de travailler en tandem avec un écrivain ?

Fastoche ! Par contre, travailler avec un graphiste, je ne suis pas certaine qu’il s’en remettra un jour !

Est-ce que tu lis les ouvrages que tu illustres ?

Jamais ! Non, je plaisante, mais selon l’ouvrage, j’avoue que je ne fais que survoler les paragraphes, le rapport trimestriel d’une banque, ou le programme de remise en forme d’une enseigne de fitness ne demandent pas une étude approfondie du texte.
Dans le cas de « La Tribune de Fred », c’est une autre histoire. Je me retrouvais à jouer les metteurs en scène puisqu’il fallait créer des situations « scéniques » afin de mettre en valeur, expliquer ou tout simplement accompagner les textes de Fred. Même s’il avait à chaque fois une idée du rendu final, je pense sincèrement que certaines pages se sont « construites » à partir de nos complémentarités.

En tant que graphiste, tu préfères quoi comme projet : La Tribune de Fred ou Le guide pratique de l’achat immobilier ?

L’un et l’autre ! En faisant abstraction de la couverture, le « Guide pratique de l’achat immobilier » est un travail facile, presque routinier et surtout solitaire, alors que « La Tribune de Fred » est son alter ego démoniaque ! Chronophage, mais pas seulement, explosif aussi, coloré de remises en questions, d’éclats de voies graphiques, de coups de gouache acerbes, le tout dans une sauce tramée de doutes. Bref, une lutte créative et vivifiante.

C’est facile de passer du graphisme pour les maisons de luxe à celui de livres tout public ?

C’est libérateur ! Les chartes graphiques du milieu du luxe sont régies par des lois scientifiques éprouvées, testées et validées par des examinateurs de panels de consommateurs (tout ça, sans virgules et sans reprendre son souffle), alors que pour nos publications, nous sautons dans le vide sans parachute. Animés uniquement par l’envie de faire plaisir (pour La Tribune de Fred) ou celle de servir à quelque chose (dans le cas du Guide Pratique de l’Achat Immobilier).

Tu pourrais vivre sans dessiner ?

Tristement. Pour me comprendre, il faut savoir que je n’aime pas, mais pas du tout qu’on me contrarie ! Mon premier souvenir en tant qu’illustratrice remonte plus ou moins à mes 5 ans… J’étais dans la cuisine de ma grand-mère, j’avais dessiné un animal – je ne me souviens plus lequel – mon oncle s’est moqué de mon dessin et ça m’a obligée à faire mieux, histoire de lui montrer de quel bois je me chauffe.

Si tu n’étais pas graphiste, tu serais quoi ?

Andy Warhol ! Non, non, rien à rajouter.

As-tu des projets de livres personnels ?

Absolument ! J’ai deux débuts de romans fantastiques, un début de livre bizarre (entre pensées poétiques et brèves de comptoir), une collection de livres pour enfants, un début de guide pratique sur la communication… Mais j’ai tant et tant de doutes qu’il me faudrait une aide divine ou une seconde vie pour tout faire.

Tu travailles à l’inspiration ou tu te forces à créer ?

Aucune idée ! Aussi loin que je me souvienne, c’est toujours la même routine. Je m’installe à une table, je prends un outil (crayon, pinceau, plus tard une souris ou un stylet) et la journée se découvre…

C’est facile le métier de graphiste ?

Heureusement pas, sinon quel intérêt ?Alors que pour certains la routine est réconfortante, pour moi c’est la pire des choses qui puisse m’arriver.

Tu as un moment idéal pour créer ?

De 1 à 5 heures du mat. Non franchement, c’est quoi cette question ? Le moment n’a aucune importance (pour moi), le plus important c’est l’ambiance… Je trouve qu’une table dans un coin lumineux, bien rangé, avec un fond musical trash ou baroque… Un chat dans un coin ou un chien… sont autant d’éléments qui favorisent la prolifération des bonnes idées.

Es-tu organisée ?

Sans aucun doute ! Loin de moi le cliché de l’artiste perdue sous des piles de croquis, de recherches, de brouillons…

As-tu l’impression de bosser quand tu crées ?

Non, définitivement pas. Je ne pense pas être une espèce d’hyperactive, mais j’ai beaucoup de mal à ne rien fabriquer… J’imagine que si j’étais rentière, je passerais mes journées à dessiner, raboter, tailler, tricoter… En somme, ce que je fais déjà pendant mes journées de « boulot ».

Qu’est-ce qui t’agace le plus dans la vie ?

Les aubergines ! Je concède la couleur magnifique, mais tout le reste m’est imperméable. J’ai beau chercher, je ne comprends pas cette plante, ni fruit ni légume. Je ne comprends pas sa forme de barbatruc, sa texture de vieux fil, son absence totale de goût et même l’agressivité diabolique de ses feuilles à épines.

Est-ce que tu ressens l’ennui ?

Oh oui ! Pas souvent, mais intensément ! Il me faut une certaine accumulation de circonstances quand même. Une succession de facteurs tels que : temps pourri et froid récurrent, ma fille absente… Du coup, gros coup de blues, abrutissement créatif et ennui mortel. Etat qui, heureusement, n’est pas très fréquent.

Qu’aimes-tu faire dans la vie, en général ?

Apprendre, sans conteste. Je m’imagine très bien en train de profiter du savoir de quelqu’un… Un cours de menuiserie, de violon, de peinture à l’huile, de yoga, de philosophie, de chinois… Tout.

Ton livre préféré ?

Joker ! Ça dépend du jour. Je vis les livres, ils m’accompagnent pendant un laps de temps, ils s’inscrivent dans un état d’esprit, une humeur donc, selon le jour ou la nuit.

Si demain tu gagnes à Euromillions, tu continues à écrire/dessiner etc. ?

Plus que jamais ! Dans mon avenir doré d’euromillionaire, je créerais une école/atelier/rencontre qui accueillerait des enfants de 3 à 99 ans dont le point commun serait le goût de créer.

Un message à faire passer aux lecteurs ?

Merci ! Vous avez lu toute l’interview, je suis flattée. Du coup, moi aussi je vous connais un peu, vous êtes curieux, vous ne vous cantonnez pas aux chemins balisés par la jetset bien-pensante… Nous nous ressemblons un peu. Laissez-moi un commentaire, n’hésitez pas à intervenir sur nos diverses plateformes, venez nous rencontrer en « live » et que la curiosité soit avec vous !